Je craignais d'être en retard. Trouver une place de stationnement sur l'Ile Saint Louis relève du miracle. Je suis arrivée à l'heure... enfin à mon heure. Le barman du Franc Pinot m'a gentiment dit que j'avais une heure d'avance pour la soirée "Folk Underground" (!). Qu'à cela ne tienne, je m'installe et je patiente. Hier soir, j'avais fait le déplacement pour voir Mina Tindle, (Please) Don't Blame Mexico et Hey Hey My My.
Installée sur la toute petite scène de la cave voutée, Mina Tindle, accompagnée au piano de Maxime de (Please) Don't Blame Mexico, prend sa guitare et sourit. Sa joie d'être là est contagieuse. Elle enchaîne les balades et sourit encore... tout le temps. J'ai été envoûtée par The Kingdom et Waiting For Things m'a bercé de douce mélancolie. Elle rejoint Maxime au piano pour un formidable morceau à quatre mains. Elle rit. Nous aussi. La candeur de Mina Tindle m'a touchée en plein coeur.
Je n'ai malheureusement pas de morceau à vous faire écouter, mais allez sur sa page Myspace, vous comprendrez de quoi je parle !
Ce fut ensuite ma plus grande surprise de la soirée. Les (Please) Don't Blame Mexico n'étaient qu'un. Je les avais vus en concert en décembre dernier à la Flèche d'Or, pour un set plutôt rock. Hier soir, Maxime était seul au piano. Ce piano aux sonorités très métalliques (on aurait dit un piano de saloon) est devenu alors rond et chaleureux. (Please) Don't Blame Mexico s'assagit, se pose et laisse filtrer ses émotions. (Please) Don't Blame Mexico intime et attachant, je ne m'y attendais pas, la surprise ne fut que plus belle.
(Please) Don't Blame Mexico - Big Eyes Repeating
Enfin, Hey Hey My My prend place sur cette toute petite scène. A quatre, ils n'avaient pas beaucoup de latitude pour évoluer, la batterie était assez déglinguée, mais ils ont pris cela avec humour. Je ne sais pas très bien s'ils ont mis un peu de temps à trouver leurs marques ou si c'est moi qui ai eu du mal à me remettre de mes émotions des deux concerts précédents, mais il aura fallu attendre le morceau Interlude (morceau country vraiment réjouissant) pour que je rentre dans leur set. Mais à partir de ce moment là, je n'ai plus décroché. Ils m'ont emmenée loin, à des milliers de kilomètres de là, et j'en avais besoin.
Hey Hey My My - Too Much Space
Beaucoup d'émotions hier soir, donc, avec en plus, la sensation d'avoir été terriblement privilégiée de voir ces trois groupes dans une salle si petite, si intime.
Je suis un peu perplexe. Jusqu'à présent, j'avais de grandes certitudes rassurantes parce que je les croyais immuables. Plus précisément, je croyais que l'Art était quelque chose qui se méritait. Je m'explique de manière plus pragmatique : pour avoir accès à une oeuvre d'art, il me semblait que cela faisait partie du "jeu" de payer ; Acheter une toile, un CD, payer sa place de cinéma ou de théâtre... Cela faisait aussi partie de la démarche du spectateur de faire cet effort, et d'une certaine manière de reconnaître le travail de l'artiste à sa juste (?) valeur. Et jusqu'à maintenant, j'essayais de me tenir à ce fonctionnement : je ne téléch...écoutais que quelques morceaux d'un artiste avant d'acheter son album, ce qui m'obligeait aussi à faire une selection, des choix réfléchis (mes finances ne me permettant pas de Tout avoir!), plutôt que d'emmagasiner une multitude de chansons que je n'écouterais qu'une fois ou deux (même un peu plus) avant de les oublier.
Mais voilà que les artistes eux-mêmes font voler en éclats ces codes, en proposant leur album ou EP entièrement (et plus seulement quelques titres) et gratuitement à télécharger, ou en l'envoyant par la poste à qui en fait la demande, sans savoir ce qu'il va advenir de leur oeuvre : un sous-verre pour ne pas tacher la table en cerisier de tante Ursuline ? Un jingle qui servira à avertir qu'une erreur fatale survient sur l'ordinateur ?
Et c'est ce qu'ont fait Mark Wilson et (Please) Don't Blame Mexico -je suppose d'ailleurs qu'ils ne sont pas les seuls. J'imagine que leur but est avant tout de se faire connaître, et la démarche est plutot généreuse. De plus quand on est un jeune groupe, je conçois évidemment que "vendre" ne fait pas forcément partie des priorités, surtout si l'on n'est pas (encore) signé par un label. Mais, en dehors de toute considération qualitative, n'y a-t-il pas un risque de passer immédiatement dans l'oubli pour la simple raison que l'acquisition de cette oeuvre aurait été trop aisée ? Ou bien alors suis-je totalement réactionnaire et dépassée ?
Car enfin, (Please) Don't Blame Mexico et Mark Wilson sont talentueux et méritent que l'on parle d'eux, mais la mediatisation seule ne fait pas vivre de son art... Alors ... ?
Take a Walk on the Wild Side *
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